Photo : image générée par I.A (Google Gemini)
Si couper son bois de chauffage en forêt est une pratique courante dans l’Aube, cette activité « de loisirs » nécessite de respecter quelques règles de prudence pour la sécurité des personnes.
Témoignages et conseils.
Les week-ends et même en semaine, les tronçonneuses résonnent dans l’Aube. Comme un appel de la forêt, « lorsque la sève est descendante » entre novembre et mars, nombre d’Aubois vont en forêt débiter des stères de bois afin de disposer de bûches pour chauffer leur foyer. Si cette activité non professionnelle courante permet de réduire le budget chauffage, elle ne s’improvise pas !
« Les accidents lors de coupes non professionnelles sont nombreux chaque année, insiste le Parc naturel régional de la forêt d’Orient (PNRFO) dans son guide des bonnes pratiques des affouagistes*. L’exploitation forestière est une activité dangereuse qui nécessite un savoir-faire et des équipements adaptés. »
« Avec l’habitude, on est moins vigilant »
Ludo a commencé à couper son bois de chauffage après avoir déménagé dans le Pays d’Othe.
« J’étais un citadin, c’est un ami qui a fait mon apprentissage d’affouagiste. » Il aime passer du temps seul en forêt, mais reconnaît la dangerosité de cette activité. « Parfois, l’arbre coupé restait accroché à un autre et il fallait le recouper sans savoir où il allait tomber ». Il se souvient du jour où un arbre d’une dizaine de centimètres de diamètre a failli lui fracasser le crâne. « Le tronc s’était courbé et, d’un coup, il s’est détendu et est passé à ras de ma tête ! ».
« C’est l’arbre qui commande !, remarque Jean-Marc. Un jour, un tronc que j’avais entaillé s’est ouvert en deux. Une autre fois, un arbre m’a pris la jambe en roulant dans sa chute après la coupe. » De belles montées d’adrénaline pour cet Aubois qui fait son bois depuis 1989. Il est propriétaire d’une parcelle de bois dans l’agglomération troyenne. « Je travaille seul, mais j’ai toujours mon téléphone sur moi et je porte un équipement de sécurité complet. J’ai déjà vu des gars prendre une branche sur la tête. »
Sécheresse des sols, insectes, champignons… Le danger vient aussi des arbres fragilisés ou à moitié morts.
Dans l’Aube, beaucoup de frênes sont attaqués par la chalarose et tombent, rongés par ce champignon. Mais l’erreur est aussi humaine. Le maniement de la tronçonneuse demande une attention de tous les instants et « avec l’habitude, on est moins vigilant », reconnaît Jean-Marc.
Il existe des formations
« Si le bois est gratuit pour les affouagistes, notre commune préconise de suivre une formation avant de se lancer », observe Gilles, un septuagénaire du Pays d’Armance. En près de 25 ans de pratique, les risques, il connaît. « Si, au début, on se demande de quel côté va tomber l’arbre, avec le temps, on prend de l’assurance, parfois trop, et c’est là que les accidents surviennent. » Aujourd’hui, à cause de sa santé, il a arrêté cette activité. Mais, précise-t-il, « je portais toujours un casque avec grille de sécurité, un pantalon anti-coupure et des chaussures renforcées (lire par ailleurs) ».
Autant d’éléments de sécurité qui lui ont évité bien des blessures.
Ces trois « bûcherons » non professionnels reconnaissent qu’il s’agit là de travaux très physiques. Et « c’est souvent en fin de journée que les accidents surviennent » : avec la fatigue, la vigilance diminue et « on veut finir trop vite ».
« Trois réflexes sauvent des vies », insiste Théo Bailly, conseiller en prévention des risques professionnels à la MSA Sud Champagne. « Prenez cinq minutes pour analyser l’arbre et son environnement, comme un chemin de repli. Vérifiez les branches qui peuvent s’écraser jusqu’à 20 minutes après un abattage… » Pour lui, il est essentiel en forêt de « garder le nez en l’air pour protéger sa tête, et un œil au sol pour éviter de trébucher ». Le troisième « réflexe » étant les équipements de protection, notamment « porter un dispositif d’alerte pour travailleur isolé ».
*Le Code forestier autorise des affouages aux communes. Cela consiste à faire bénéficier les habitants du bois issu de la forêt communale.







