INFOS HISTORIQUE DE CHAOURCE: [#Chaource] - Bombardement Juin 1940

INFOS HISTORIQUE DE CHAOURCE: [#Chaource] – Bombardement Juin 1940
Durant la Seconde Guerre mondiale, le 14 juin 1940, le village fut détruit au tiers par le bombardement d’une douzaine de Stukas ; environ 80 personnes furent tuées. Le 25 août 1944, on vit l’arrivée des premiers éléments du 2ème régiment de cavalerie de l’US Army.
28 clichés d’époque (Archives personnelles de M. Roger BARAT et des BundesArchiv).
Des photos prises (en N.B) juste après le bombardement (le restaurant des Fontaines bombardé, le centre du village détruit, le Berle détruit, la grande rue en ruine, les troupes allemandes défilant dans la commune, l’exode, le départ de prisonniers, etc…

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> Sources : Les photos proviennent du livre de M. ROGER BARAT « LES ÉVÉNEMENTS TRAGIQUES DE JUIN 1940 DANS LE CHAOURÇOIS« lors d’un entretien avec ce dernier en Juillet 2019. Photographiées, retravaillées elles ont ensuite subit des améliorations graphiques (contraste, vibrance, atténuation du bruit, etc.) avec l’ajout notamment de filtres afin d’obtenir la meilleure qualité possible (car à la base elles étaient d’une qualité exécrable pour la plupart) – BundesArchiv (Archives fédérales allemandes – Collection G. Arcelin)

Les faits ...

A Chaource en ce petit matin du vendredi 14 juin à jamais tristement mémorable le tocsin sonne lugubrement, les habitants se préparent au départ entassant fébrilement leurs objets les plus précieux où les plus utiles dans leurs voitures.

Les migrants de plus en plus nombreux traversent l’agglomération, Monsieur Richert, Maire adjoint témoin à l’époque a décrit ce dramatique exode : « au tournant de l’église le spectacle est extraordinaire j’ai devant les yeux une foule, un fleuve humain, un torrent irrésistible qui submerge les rues. ils arrivent par les routes de Troyes, de Bar-sur-Seine, de Jeugny et s’engouffrent dans la Grande-Rue en direction de Tonnerre, multitude hétéroclite et désordonnée se grossissant de la panique qu’elle sème sur son passage. il y a de tout, des hommes, des femmes, des enfants, des civils, des militaires, les uns en voiture d’autres à bicyclette, un grand nombre à pied. Tout ce monde parle peu, c’est un morne accablement qui semble pousser tous ces gens à marcher devant eux, machinalement vers une destination inconnue.

… Chacun passe en silence le regard perdu, désespoir ou fatalisme dans l’âme … »

Dès l’après-midi du 14 juin l’aviation allemande se manifeste en jetant quelques bombes de petit calibre dans la forêt de Chaource sur la route 444 entre Monchevreuil et le ru d’Anneau sans faire de dégât.

Au début de l’après-midi le 21e bataillon du 3e régiment d’infanterie prend position à Chaource pour assurer le passage de la 7e division légère mécanique composée du 4e RAM et de régiment de Dragons qui se replie à marche forcée vers le sud. La 7e D.L.M (Division Légère Motorisée) fut avec la 14e D.I (Division d’Infanterie), une des rares unités qui réussit partiellement à échapper à l’étau allemand et être encore opérationnelle pour être engagée dans les combats sur la Loire.

Chaource 14 juin 1940 19h50. Quelques instants auparavant Monsieur Le Comte François Chandon de Briailles Maire de Chaource, sur le conseil du commandant du 21e bataillon du 3e R.I.C et contenu du survol du pays par un avion de reconnaissance ennemis dans l’après-midi, a fait annoncer au son du tambour un avis demandant aux habitants de quitter l’agglomération à cette heure remplie de militaires et de réfugiés et de passer la nuit dans les hameaux avoisinants.

Les Chaourçois, suite à l’avis du Maire se préparent à quitter le village. Ils n’en n’auront pas le temps. Une quinzaine de bombardiers allemands Junkers 87, dits Stukas venant de l’Est piquent sur la ville sirène hurlante lâchant des chapelets de bombes puis procèdent à un tir de mitrailleuse pour achever son œuvre de mort et de destruction.

Les avions s’éloignent, le bombardement n’a duré qu’une dizaine de minutes, mais le temps parait interminable sous ce déluge de feu. L’horloge de l’église s’est arrêtée à 20h20 et restera dans cette position pendant plusieurs années.

Le centre du pays où plusieurs routes se rejoignent a été plus spécialement visé par l’aviation ennemie mais les autres quartiers n’ont pas été épargnés. Un camion citerne d’essence touché par des bombes incendiaires explose près de l’hôtel des Fontaines communiquant le feu aux maisons voisines.

Un véhicule transportant des militaires du 31e régiment de Dragons portés s’enflamme, les occupants périssent carbonisés. Il en est de même d’un camion ou avait pris place plusieurs hommes de la 8e section d’infirmiers militaires, attachés à l’hôpital installé à notre dame en l’Isle à Troyes.

Une pièce de la 212 ème batterie de 75 anti-aérienne du 405e régiment de DCA est totalement détruite et son chef, le maréchal des logis Simonet de Troyes, est porté disparu.

Le feu se propage rapidement aux vieilles maisons à pans de bois du centre-ville et s’étend rapidement, sans possibilité de l’arrêter, les pompiers ayant désertés la localité. L’incendie se poursuit le samedi et le dimanche pour s’éteindre enfin le lundi.

La 692 ème compagnie du train auto appartenant au GTP numéro 130 venant de Lusigny arrive à Chaource en plein bombardement.

…..

Un énorme entonnoir de bombe coupe la chaussée près de l’église, on en trouve un autre de 10 m de diamètre dans les jardins entre la grande Rue et le chemin de Ronde.Des bombes sont tombées sur un pâté de maisons rue de l’Etape, sur la maison Coqueret et l’école libre de filles, sur la maison Farinet où le propriétaire est retiré blessé sous les décombres, les maisons de la rue du Berle sont en flammes comme celles de la rue des Cannes.

L’église a terriblement souffert, murs lézardés, toitures béantes, de magnifiques vitraux du 16e siècle sont pulvérisés.

Hébétés, encore sous le coup de la terreur les Chaourçois s’empressent de quitter leurs maisons au milieu d’un nuage de poussière et de fumée qui recouvre les rues de Chaource ou gisent ça et là des cadavres de civils et de militaires ou bien de chevaux toujours attelés aux timons de leur voiture. Ils prennent à la hâte quelques effets et partent devant eux, à pied, poussant brouette, vélo et ils échouent dans les hameaux voisins, les plus valides gagnent le département de l’Yonne. Une dizaine très âgés et invalides se résignent à rester chez eux.

Les nombreux blessés sont emmenés d’urgence par les ambulances militaire stationnées route de Saint-Florentin  Beaucoup décéderont en cours de route, ce sera le cas des soldats Pinson, Richard, Emery et Ayesten qui seront enterrés par leurs camarades dans le parc du château de Vanlay.

Plusieurs corps disséminés sur le territoire de la commune furent découverts dans les jours suivants, victimes d’engagements avec l’ennemi ou suite de blessures dues aux bombardements ou au mitraillage qui suivit …

La municipalité doit aussi se plier aux exigences et aux contraintes de l’occupant : couvre-feu à 21h, salut aux officiers allemands, réquisition de draps, établissement de bon de commande et paiement de factures concernant par exemple un plancher pour la scène de théâtre de la salle Saint-Louis ou un rideau de scène de velours jaune d’or.

Après leur exode, les habitants reviennent au pays non sans appréhension, leur retour s’échelonnera du 18 juin au 20 août environ, pour ceux qui ont pu gagner la zone libre. Triste spectacle de désolation, d’autant plus que la plupart des maisons aux ouvertures béantes avaient été pillées. L’armée française et les émigrés étaient passés par là, plus particulièrement à la recherche de vivres. L’armée allemande avait suivi et des caves avaient été complètement vidées. Et puis une certaine frange de la population n’avait pas résisté à la tentation de s’approprier à bon compte des biens à portée de main et la suspicion et le doute s’installèrent pendant longtemps dans les esprits.

A son retour d’exode, le Comte François Chandon de Briailles trouve son château occupé par un état-major ennemi et doit se contenter de 2 pièces que le commandant de place veut bien lui laisser. Les troupes françaises, dans leur retraite précipitée ont abandonné au hasard de circonstance un abondant matériel. On trouve pêle-mêle dans la campagne mais surtout au bord des routes des armes et équipements individuels et aussi des pièces et caissons d’artilleries, des camions, des véhicules hippomobiles exetera … que les Allemands rassemblent en un vaste dépôt allée des Promenades à Chaource. Plusieurs engins blindés abandonnés stationnent en bordure de la route de Troyes à l’entrée de Chaource.

Le drapeau à croix gammée flotte sur la Mairie. une longue nuit s’étend sur le pays, nuit d’angoisse, nuit d’espoir…

Le bilan du bombardement dressé officiellement par les services administratifs fait état de 47 maisons détruites et 76 endommagées. Le nombre des morts peut-être évalué à 80 et celui des blessés au moins au double.

 

SOURCES : LIVRE DE M. ROGER BARAT « LES ÉVÉNEMENTS TRAGIQUES DE JUIN 1940 DANS LE CHAOURÇOIS« 

Le Junkers Ju 87 - Bombardement de Chaource Juin 1940 (BundesArchiv)

Le Junkers Ju 87 est le plus célèbre bombardier en piqué de la Luftwaffe employé durant la Seconde Guerre mondiale. En allemand, « bombardier en piqué » se traduit par Sturzkampfflugzeug, composé de trois mots : « Sturz » (chute), « Kampf » (combat) et « Flugzeug » (avion) — soit littéralement « avion de combat en piqué ». En abrégé, le mot donne « Stuka », terme qui fut depuis presque invariablement associé au Ju 87, bien que les Stukas soient une catégorie d’avions, et non un terme désignant un unique modèle.

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Le son des Stukas si particulier en piqué ...