
BIOGRAPHIE
Il était néanmoins connu à Chaource par les habitants les plus lettrés de la ville et Claude Jamyn avait eu connaissance et lu sans doute le célèbre roman de chevalerie " Amadis de Gaule " du Portugais Vasco de Lobeira, récement traduit en français par d'Herbelay des Essarts.
Amadys Jamin dut sans doute recevoir une éducation soignée, en tant que clerc du diocèse de Langres. Son parcours est alors peu connu, on peut croire qu'il quitta sa Champagne natale très tôt. Disciple de Dorat, de Turnèbe et de Ronsard, il s'adonna de bonne heure à l'étude des anciens et à son goùt pour la poésie. Les premiers vers que l'on connait de lui ont pour titre " Stance à la Reine Mère passant à Nogent sur Seine ", ils datent de 1564.
En 1566, d'après un document d'époque, il résidait à Paris, occupant sans doute depuis 1565 au moins, les fonctions de secrétaire de Ronsard, dont il transcrivait les oeuvres et les missives, de son écriture, qu'il avait fort belle, dit-on !.
Ayant suivi son maître en Vendômois, au prieuré de Cosme-lès-Tours, puis au prieuré de Croix-Val, durant les années 1569-70, il quitta cette région pour rejoindre la Cour où son nom, comme poète, s'affirmait déjà.

RONSARD
Grâce à Ronsard, le roi Charles IX le retint comme lecteur ordinaire de la chambre du roi.
Amadys Jamyn devenait ainsi le poète officiel de la Cour, rimant des vers de circonstance, de sa plume complaisante. Ces nombreuses poésies sous le titre " OEuvres poétiques au roy de France, 1575 " le placent au rang des premiers auteurs de son époque. Il y célébra, sous des vers galants, pour son compte et pour celui de son royal maître, les beautés qu'il avait connues à la Cour ou dans les salons, sous les noms d'Oriane, Arthémis et Callyrée.
Il traduisit en vers l'Iliade d'Homère, travail commencé par Hugues Salel qui en avait fait les onze premiers livres. Il les retoucha et traduisit les treize derniers, ouvrage qui parut dès 1577.
Le roi Henri II le nomma à l'académie de Paris où se réunissaient les poètes du temps qui versifiaient plus ou moins sur commande. Mais il se lassa de la cour où son affluence parait diminuer : le poète Desportes le supplanta dans les faveurs royales.
Alors Amadys Jamin se rapprocha de plus en plus de Chaource où il fit des séjours plus fréquents. Dés 1580, il avait fait don de ses biens à ses neveux.
Il est alors seigneur des Bailly, domaine dépendant de Chaource, proche d'un ermitage et d'une chapelle qu'il évoque dans une poésie :
" Vous me voulez mener visiter la chapelle des saintes qu'on visite icy tout à l'entour l'ermitage sacré de la vierge immortelle qui garde mon Basly et lui donne le jour "
En 1584, il était de nouveau à Chaource pour faire donation d'une maison avec la destination d'en faire un collège et le 15 mai 1591 par testament, il laissa une somme de 300 livres de rente pour subvenir aux besoins du dit collège.
Il décéda à Chaource le 1er janvier 1593 et fut inhumé dans l'église du lieu.
Pour rendre hommage à son Oeuvre, le collège de Chaource porte aujourd'hui son nom : Collège AMADYS JAMIN, ainsi qu'une rue du village.

POEMES
Extraits pris sur la brochure " 1593-1993 Amadys Jamin " confectionnée dans le cadre d'un Projet d'Action Educative réalisé par des élèves du collège de Chaource sous la conduite de Mrs. Guy CURE et Jacky DEPOIX
POEMES
ELEGIE
" C'est grand mal que d'aimer ! quoy que j'essaye faire, Je ne saurais guérir mon amoureux ulcère. J'ai toujours devant moi ton excellent portrait Qui de songer ailleurs, importun, me distrait. Mon penser avec lui conjure à mon dommage. Toujours devant mes yeux revole ton image, Ta taille, ton maintien. De ta diserte voix Les accens bien appris, et tes devis courtois Me frappent l'oreille. A toute heure, à toute heure Emprainte dans mon coeur ta figure demeure, Et rien ne peut chasser ce fâcheux souvenir Qui me fait plus en plus amoureux devenir. "
PRIERE A LA PAIX
" O belle Paix, la compagne d'Astrée, Qui pour un temps laissas nostre contrée Et maintenant y plantes ton séjour : Rien n'est ça bas qui prompt ne te chérisse, Et qui ne s'offre à te faire service, S'esjouissant des rais de ton beau jour. Puisque ta main à ce monde commande, Fais que sur nous quelque bon astre épande Cet an nouveau, sa grace et sa pitié, Et dans le coeur de nos Seigneurs de France Pren pour jamais ta seure demeurance, Et leur courroux échange en amitié. L'abeille puisse au creux de leurs cuiraces Faire son miel, l'araigne ses filaces. Que plus Bellonne on n'entende crier, Que le poignard, que la tranchante espée Soit en faucille et en faux de trempéé, Et l'olivier triomphe du laurier. "
ODE
A LA NAVIRE DE FRANCE
" O Navire dans la mer Qu'on voit horrible écumer Nouveaux flots, vagues nouvelles Te reporteront cruelles ! Ah ! Que fais-tu? mets effort A te ressaisir du port. Ne vois-tu tes cotes nues Et d'avirons dépourvues? Des antennes et du mas Sont blessés les roides bras Par l'impétueuse haleine D'Auton qui la pluye ameine Puis sans cordage comment Durerois-tu longuement Contre l'onde furieuse De mer tant impérieuse? Les grands voiles sont froissés Et les dieux t'ont délaissés Par qui de maux oppressée Soulois estre redressée..."